Saint-Barth -

« Nadette » a célébré ses 100 ans à Flamands

Une timbale dans la main droite, bras levé, « Nadette » marque le rythme des notes qui s’échappent de l’accordéon qui joue à côté de son lit. L’ambiance est joyeuse et légère dans la petite maison du quartier de Flamands. En ce vendredi 20 mars, entourée de sa famille et de ses proches, « Nadette » célèbre ses cent ans. Comme chaque jour, sa nièce Brigitte est présente pour s’occuper de tout, épaulée par ses petites-nièces Daphnée et Alexandra. Pour l’événement, le curé de la paroisse de Saint-Barthélemy a aussi effectué le déplacement. Aussi, regroupés autour de Bernadette, le père Rulx-André Alcineus donne une messe au cours de laquelle les convives communient, regroupés autour de Bernadette. La chambre est trop petite pour accueillir tout le monde, mais le moment n’en est que plus chaleureux.

Le vendredi 20 février, dans sa maison de Flamands, Bernadette Magras a célébré ses 100 ans en communiant avec sa famille, ses proches, et le père Rulx-André Alcineus.


Bernadette Magras a vu le jour à Saint-Barthélemy le 20 février 1926 dans la petite maison du pêcheur Jean Joseph, « Yèyèfe » pour le quartier. A une époque déjà lointaine où les maisons étaient bâties de manière aussi simple que solide, où la terre et la mer façonnaient les journées, où les habitants vivaient au rythme du soleil. Deuxième d’une fratrie de cinq enfants (trois filles et deux garçons), Bernadette n’a pas eu à attendre longtemps avant que la vie ne la mette à l’épreuve. Dès son plus jeune âge, sa mère décède. Membre d’une famille de pêcheurs et d’agriculteurs, la petite fille qu’elle est alors doit faire montre de maturité. A l’âge de sept ans, elle participe au jardinage, au salage du poisson, à l’entretien du matériel des pêcheurs… Dans un temps marqué par les chairs maigres, les jours de houle et l’inquiétude quotidienne. Le temps des canots à voile, de la pêche à la tortue loin sur l’océan ou de la récolte des œufs sur les falaises à pic des îlets.
Son enfance est rythmée par le travail de la terre et de la mer. La famille vivait de ce que donnait l’île : mangues, pommes cannelle, papayes, ananas, corossol, caramboles, quelques racines... Une vie rude mais faite de partage et de solidarité.

Bernadette Magras, élégante, bien avant de devenir la centenaire du quartier de Flamands.

 

Un siècle de dévouement
« Nadette » Magras grandit sur une île encore isolée, dépourvue d’hôpital ou même de médecin. Les religieuses y occupaient une place importante puisqu’elles soignaient, accompagnaient les familles, enseignaient. A la chapelle de Colombier, mais aussi à celles de Gustavia et de Lorient. Sans oublier l’école Sainte-Marie qui, en cette même année 2026, fête comme Bernadette ses cent années d’existence.
C’est auprès des sœurs que Bernadette commence à travailler, dès les années 1940. En leur apportant une aide dévouée et précieuse. « Ses plus beaux souvenirs », a-t-elle confié au père Évariste, l’ancien curé de la paroisse de Saint-Barth. A la cantine des sœurs, à Colombier, puis à l’hôpital, qui avait alors davantage l’aspect d’un dispensaire. Pour aller travailler, Bernadette marchait sous le soleil ou la pluie. Elle s’occupait du linge, de la cuisine, de l’aide aux malades. Toujours avec patience et humilité. Et lorsqu’elle ne prenait pas soin des enfants, des malades ou de ses voisins, elle donnait aussi un coup de main au bureau de poste. « Pour toute une génération, elle fut un repère, un soutien, une présence bienveillante », rappelle sa famille. La vie de Bernadette a été guidée par un simple principe : être utile.
Bernadette Magras porte en elle l’histoire de Saint-Barthélemy. Sa famille résume : « À travers elle, on revoit le Saint-Barth d’autrefois. Les chemins de terre, la chapelle de Colombier, la construction de l’église, les enfants chantants, l’odeur exceptionnelle des planchés luisants nettoyés avec soin à la peau de bourse tantôt bois l’huile, ou bois chapelle… Seuls l’antan se souviendront. L’odeur des fruits mûrs, les rires à la cantine, les pas vers l’hôpital au petit matin, les sœurs en habits blancs, la vie rude mais belle. »

« Une silhouette familière »
Une ancienne élève de l’école de Colombier raconte : « Pour nous, les grands de l’école, notre bonheur était de la voir nous associer à ses tâches. Pousser le bras de la petite pompe pour recueillir un seau d’eau, balayer la chapelle ou frotter les cuivres des chandeliers à la cendre et au citron. Pendant de nombreuses années, entre les diverses dépendances de l’école, sa silhouette était devenue pour nous si familière que beaucoup d’écoliers de jadis, grands-parents d’aujourd’hui, ont encore une flamme d’affection dans le regard quand ils se souviennent et demandent gentiment de ses nouvelles. »
Lorsque la communauté de Colombier ferme ses portes, Bernadette Magras part travailler à l’hôpital de Bruyn. Elle apporte aussi son dévouement et son expérience au service des personnes âgées de l’hôpital Soleil. 
Quand elle prend sa retraite, «Nadette » continue de marcher. Certes, elle a essayé d’apprendre à conduire et a même acheté une voiture, dont elle a toutefois préféré se séparer. Le temps passant, elle perd progressivement la vue. Mais pas la mémoire et encore moins sa joie de vivre.
Lors de la cérémonie du vendredi 20 février, dans la cour de sa maison de Flamands, une convive demande : «Danse-t-elle encore ? » Un peu moins qu’auparavant, sans doute. Mais quand des notes s’échappent d’un accordéon, même alitée, Bernadette redevient « Nadette » et suit le rythme de la musique ! Il ne faut pas oublier que, parmi ses plus grands bonheurs figure le chant des cantiques. Sans oublier la réception du prêtre pour la communion à domicile. Très précisément le cadeau qui lui a été réservé pour le jour de ses cent ans. Comme celui de pouvoir recevoir dans sa maison, où elle vit toujours grâce aux soins quotidiens prodigués par les personnels de la clinique Choisy, des docteurs Noubou Lazare et Husson et de son kinésithérapeute.
Un cadeau qui n’égale toutefois pas la joie d’être entourée de sa plus proche famille, dont son arrière-petite-nièce, Ariana, âgée de six mois.

 

 

 

A la recherche de photographies pour les cent ans de l’école Sainte-Marie

En cette année 2026, l’école Sainte-Marie de Colombier fêtera ses cent années d’existence. Un anniversaire que l’établissement entendu célébrer en faisant revivre son histoire. Notamment à travers les souvenirs et les archives des habitants de l’île, des anciens élèves et de leur famille. Pour ce faire, l’enseignante Cécile Tessier a lancé une recherche de photographies anciennes ou récentes, numérisées ou non, ayant bien entendu un lien avec l’école. Il peut s’agir de photos de classes, de sorties scolaires, d’événements (Fêtes, kermesses, etc), de clichés de professeurs et d’élèves, des bâtiments ou de tout autre souvenir marquant.
Si vous possédez des photos et acceptez de les partager, vous pouvez les envoyer par courriel (cec971@orange.fr) à Cécile Tessier. « Chaque photo, petite ou grande, contribuera à faire vivre la mémoire de l’école et à célébrer ce bel anniversaire avec toutes les générations », souligne l’enseignante qui remercie par avance toute contribution à la collecte de photographies.

 

Journal de Saint-Barth N°1654 du 26/02/2026

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