Pendant dix ans, comme beaucoup d’enfants de Saint-Barth, Elie Blanchard s’est initié aux rudiments de la voile au sein de l’école du Saint-Barth Yacht Club. De là est née une passion qui, depuis, ne l’a plus quitté. En 2023, alors âgé de 44 ans, Elie Blanchard remportait la Virtual Regatta de la Transat Paprec sous le pseudonyme de Barbe noire SBH. En 2026, c’est un projet bien plus concret qui relève également du défi dans lequel cet amoureux de la navigation s’est lancé. En l’occurrence, celui de relancer la voile traditionnelle à Saint-Barth. Avec l’objectif de lui redonner la place qu’elle occupait dans un passé pas si lointain. Entretien.

Elie Blanchard
Comment vous est venue l’envie de vous lancer dans ce projet ?
Saint-Barthélemy a occupé, à plusieurs périodes de son histoire, une place importante dans la voile traditionnelle caribéenne. La mer et la navigation font partie intégrante de l’identité de l’île et du savoir-faire de ses marins. La participation d’un équipage de Saint-Barth au Traditour en 2016 puis en 2017 a marqué les prémices du renouveau de la voile traditionnelle sur l’île. Cette expérience a permis de remettre en lumière cette tradition maritime et de susciter un nouvel intérêt autour des canots traditionnels. En 2017, trois canots traditionnels naviguaient déjà à Saint-Barthélemy. Malheureusement, cet élan a été brutalement interrompu par le passage de l’ouragan Irma la même année, qui a détruit ces trois embarcations.
J’ai eu personnellement la chance de participer à plusieurs courses de voile traditionnelle à Saint-Barth, et je sais ce que cela représente, sur l’eau comme à terre. Il y avait une vraie ambiance, une fierté, une rivalité saine entre équipages, et surtout beaucoup de monde qui suivait les courses.
Croyez-vous que cet engouement existe encore sur l’île ?
Les habitants de l’île sont profondément tournés vers la voile. On le voit à chaque événement nautique : cela rassemble et passionne. Je suis convaincu qu’il existe encore aujourd’hui un très gros vivier, de jeunes comme de moins jeunes, prêts à se lancer si le projet est structuré.
Relancer la voile traditionnelle permettrait justement de rassembler différentes générations autour d’un projet commun, tout en préservant un patrimoine maritime important pour l’île. J’aimerais également que cette relance intègre pleinement les femmes. En Guadeloupe, on voit de plus en plus de femmes à bord des bateaux traditionnels, et c’est une très bonne chose. Pourquoi ne pas imaginer à Saint-Barth une équipe mixte, voire une équipe 100% féminine ? Ce serait un signal fort.

Aujourd’hui, quel est votre objectif ?
Il est de relancer cette dynamique afin de préserver ce patrimoine maritime, de transmettre ce savoir-faire aux nouvelles générations et de redonner à Saint-Barth une place dans les grandes rencontres de voile traditionnelle de la Caraïbe, comme le Traditour en Guadeloupe.
Vous avez déjà effectué des démarches concrètes, comme contacter des professionnels afin d’obtenir un devis pour estimer le coût de fabrication d’un bateau. Avez-vous déjà une estimation ?
Les demandes de devis sont en cours afin d’avoir une estimation précise du coût de fabrication d’un bateau traditionnel conforme aux normes régionales. On sait déjà que la construction d’un tel bateau représente un investissement important, de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers d’euros. C’est pour cette raison que ce projet doit être réfléchi et structuré sérieusement. L’objectif est d’avoir une vision claire des coûts avant d’envisager les différentes possibilités de financement et d’organisation.
Comment comptez-vous procéder pour mener à bien ce projet ?
La première étape est d’identifier les personnes réellement prêtes à s’impliquer dans cette relance. Il ne s’agit pas seulement d’une idée, mais d’un projet qui doit être porté par un groupe de marins et de passionnés prêts à s’engager dans la durée. Depuis la publication de mon message, plusieurs personnes m’ont déjà contacté pour me dire qu’elles seraient intéressées pour faire partie d’un équipage, prendre la barre ou encore soutenir le projet en tant que partenaires ou sponsors. Cela montre qu’il existe encore une vraie envie autour de la voile traditionnelle sur l’île. La prochaine étape sera donc de structurer le projet : définir un cadre clair, estimer les coûts, identifier les partenaires possibles et voir comment la Collectivité pourrait accompagner cette démarche. L’objectif est d’avancer progressivement afin que cette relance puisse s’inscrire dans la durée.
Si vous parvenez à relancer la voile traditionnelle à Saint-Barth, avez-vous déjà des idées pour mettre ces bateaux en valeur ?
Oui. Une première étape pourrait être une participation au Traditour 2026 en Guadeloupe. Nous avons le soutien d’une personne reconnue dans le milieu de la voile traditionnelle en Guadeloupe, prête à nous mettre gracieusement à disposition un canot récent, d’une valeur d’environ 18.000 euros. Nous attendons toutefois l’invitation officielle pour cette édition. Pour préparer sérieusement cette participation, nous avons déjà engagé des démarches concrètes. Il faudra notamment prévoir le jeu de voiles, le flocage des voiles aux couleurs de Saint-Barth, le gréement du bateau ainsi que les tenues de l’équipage (lycras, tee-shirts). À cela s’ajoutent les aspects logistiques : l’hébergement de l’équipage pendant une semaine avant le championnat pour s’entraîner sur place, la location d’un catamaran accompagnateur pour suivre chaque étape du Traditour et permettre à l’équipage de dormir à bord, ainsi que les frais de vie sur place pendant un peu plus de deux semaines. Il faudra également prévoir les frais de carburant liés au fonctionnement du catamaran pendant toute la durée de la compétition. Concernant le transport entre Saint-Barth et la Guadeloupe, nous étudions également des solutions maritimes avec des marins disposant de bateaux à moteur afin d’optimiser les coûts. Il faudra naturellement ajouter à cela les frais de carburant liés à la traversée.

La voile traditionnelle mis à l’honneur à l’occasion des fêtes de quartiers Régate de 2007. (Photo d’archives)
Quel serait le budget global ?
L’ensemble représente aujourd’hui un budget estimé autour de 30.000 euros, auquel viendront s’ajouter les frais de carburant. Ensuite, si nous parvenons à construire au moins quatre bateaux à Saint-Barth, nous pourrions lancer un championnat annuel sur l’île, avec une à deux courses par mois. Les régates pourraient s’intégrer aux fêtes de quartiers, au 14 juillet, au 24 août et aux grands moments de la vie locale. Mais l’objectif serait d’aller plus loin. Aux plus belles années de la voile traditionnelle à Saint-Barth, une dizaine de bateaux pouvaient s’aligner au départ. Retrouver cette dynamique serait une vraie réussite.
À plus long terme, nous pourrions imaginer un événement sur une semaine ou dix jours, dans l’esprit du Traditour, avec plusieurs courses et l’invitation de bateaux de Guadeloupe, des Saintes et d’autres îles.
L’idée est simple : redonner à Saint-Barth une vraie place dans la voile traditionnelle régionale, étape par étape.
