Saint-Barth - Eric Djamakorzian

Hôpital : le directeur répond au président Lédée

«Il n’y a pas de projet de déposé par monsieur Djamakorzian qui, pour le moment, envoie plus de demande de subvention que de projet. » Cette phrase, prononcée par le président de la Collectivité, Xavier Lédée, lors du conseil territorial du jeudi 27 mars, a fait bondir le directeur de l’hôpital Irénée de Bruyn, Éric Djamakorzian. Mis en cause par le président Lédée au cours d’un débat qui portait sur l’absence d’avancée dans le dossier de la reconstruction de l’hôpital, le directeur a immédiatement tenu à répondre. Ou plutôt, dans le cas présent, à répliquer.
Fin janvier à la capitainerie de Gustavia, Éric Djamakorzian a présenté le projet d’établissement pour le centre hospitalier de Bruyn. Un document stratégique de 38 pages qui porte sur la période allant de 2025 à 2030 et dont l’objectif est de fixer des étapes vers une modernisation de l’hôpital afin de répondre aux besoins des personnels et de la population. Lors de son discours, le directeur avait déclaré : « La reconstruction de notre hôpital n’est pas une option, c’est une exigence. C’est un impératif pour garantir à notre établissement un avenir digne de son potentiel, de son histoire et de son rôle crucial dans la santé publique. Je comprends que ce type de décision demande une réflexion profonde, des études de faisabilité et des choix financiers lourds, mais il est urgent de franchir cette étape. La mise en place d’une feuille de route claire, assorties de décisions politiques fortes, permettra à notre institution de se projeter sereinement vers l’avenir. » Dès lors, quand Eric Djamakorzian a entendu la sortie du président Lédée, son sang n’a fait qu’un tour.

« Je ne travaille pas comme ça »
« J’ai été particulièrement surpris des propos du président qui me mettent en cause, explique le directeur. Le tableur Excel dont il parle est celui que ses services m’ont demandé il y a trois semaines. Avec deux hypothèses : une reconstruction ou une réhabilitation sur Gustavia. Pour ma part, j’ai juste reconstruit trois hôpitaux. Je suis donc preneur du savoir-faire de la Collectivité en la matière puisque, visiblement, je m’y prends dans le mauvais sens. » Pour le directeur, la situation actuelle du dossier se résume en quelque mots : « C’est comme si quelqu’un voulait construire une maison, mais sans savoir où, puisque soit dit en passant je n’ai jamais eu de notification du choix de la Collectivité (Entre une réhabilitation ou une reconstruction de l’établissement existant à Gustavia ou la construction d’un nouvel hôpital à Saint-Jean, ndlr). Donc on ne sait pas où construire cette maison et en plus la banque vous dit qu’elle vous prête 50.000 euros en ajoutant qu’on « verra après ». Personnellement, je ne travaille pas comme ça. J’ai besoin de clarté dans les dossiers que je mène. Tant que je n’aurais pas un montant de subvention claire et une localisation précise de l’endroit où je dois construire, je ne me lancerai pas dans une opération hasardeuse. Les incertitudes actuelles qui pèsent sur les modalités et le financement ne le permettent pas. »
Pour mémoire, Eric Djamakorzian a été directeur de plusieurs centres hospitaliers d’importance depuis plus de trente ans et a également exercé la fonction de sous-préfet, de directeur de cabinet d’une grande université et de directeur général adjoint de Nice Métropole.

Où et pour combien ?
Pour le directeur de l’hôpital de Bruyn, le chemin à suivre est donc clair. Tout d’abord, il est nécessaire de déterminer le lieu où mener le projet. Une question qui pollue le projet depuis plus de sept ans, notamment en raison des zones d’ombres qui entourent la propriété des terrains sur lesquels sont érigés l’actuel hôpital ainsi que l’Ehpad. «Cela ne dépend pas de moi, assure Éric Djamakorzian. A partir du moment où la Collectivité et l’ARS (Agence régionale de santé) se seront mis d’accord, on construira à l’endroit où on nous le dira. » Une médiation entre l’hôpital, le département de la Guadeloupe est en cours pour déterminer à qui appartiennent les terrains.
Deuxième étape, le financement. « Si on dispose de trente millions d’euros ou de cinq millions, on ne construit pas la même chose et on n’a pas les mêmes ambitions, explique le directeur. Il faut donc un plan de financement. J’ai soumis deux hypothèses à la Collectivité. On retape juste les bâtiments de Gustavia avec 4,7 millions de l’État, 4,7 millions de la Collectivité et un million d’auto-financement. Ou alors, on a une ambition plus grande avec une construction d’un centre hospitalier. Là, c’est 4,7 millions de l’État, 18,2 millions de la Collectivité et un million d’autofinancement. Cela fait 24 millions, de quoi reconstruire quelque chose de correct. » Encore faut-il que les élus territoriaux prennent une décision.

Un « dégât collatéral »
Or, lors de la réunion du conseil territorial du 27 mars, il a été précisé que les élus se sont réunis le 18 février pour évoquer le dossier de la reconstruction de l’hôpital. Avec, à l’issue des débats, une volonté majoritaire de reconstruire à Gustavia. Mais le directeur l’affirme : depuis, aucun document officiel émanant de la Collectivité est venu confirmer cette orientation pour en faire une décision arrêtée. « Je ne mettrai pas en péril les finances de l’hôpital dans une opération hasardeuse, répète Éric Djamakorzian. Je suis le garant de l’intégrité financière de l’établissement mais aussi des conditions d’accueil des patients et de travail des soignants. Quoi qu’il arrive, la qualité et la sécurité des soins continueront à être assurées car c’est notre fierté d’hospitaliers. »
Plus les mois avancent et plus il semble que l’inertie qui entoure le dossier de la reconstruction de l’hôpital soit une conséquence des guerres intestines qui parasitent la gouvernance. Une sorte de dégât collatéral, en somme.

 

Journal de Saint-Barth N°1610 du 03/04/2025

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