Saint-Barth - motion défiance

Motion de défiance rejetée : Xavier Lédée conserve une présidence instable

De surprise, il n’a pas été question. De débat non plus. Le lundi 17 mars, réunis à 8h30 en séance extraordinaire du conseil territorial, les dix-neuf élus qui composent l’assemblée se sont prononcés sur la motion de défiance déposée le 3 mars par le groupe Action-Équilibre. Une motion qui visait à évincer Xavier Lédée du fauteuil de président afin de le remplacer par sa première vice-présidente, Marie-Hélène Bernier. Le vote fut sans appel. Seuls les huit conseillers territoriaux d’Action-Équilibre (Marie-Hélène Bernier, Bettina Cointre, Maxime Desouches, Pascale Minarro Baudoin, Cécile Rubino Tessier, David Blanchard, Dimitri Lédée et Jonas Brin) ont voté pour l’adoption de la motion qui, par le fait, a été rejetée.

Le groupe présidentiel vote « contre »
La motion de défiance devait recueillir dix voix pour être adoptée. L’article LO6222-4 de la loi organique stipule que, dans le cadre d’une motion de défiance, il n’est pas permis de voter « contre » ou de s’abstenir. Par conséquent, seuls les élus qui soutiennent la motion s’expriment en votant « pour ». Lors du conseil, le président Xavier Lédée et les quatre élus de son groupe (Marie-Angèle Aubin, Mélissa Lake, Olivier Gréaux et Fabrice Querrard) ont choisi de procéder autrement. Ainsi, lors du scrutin, ils se sont exprimés défavorablement en votant «contre » la motion. De leur côté, les conseillers de Saint-Barth d’Abord (Romaric Magras, Alexandra Questel, Francius Matignon, la sénatrice Micheline Jacques, Rudi Laplace et Sandra Baptiste) ont respecté l’article de loi en ne prenant pas part au vote, exprimant de cette manière leur absence de soutien vis-à-vis de la motion de défiance. Il est à noter que le vote n’a pas eu lieu à bulletin secret. C’est publiquement que les conseillers territoriaux se sont prononcés.

Pas de diffusion en direct sur les réseaux
Si la séance a été retransmise en direct sur les ondes de Tropik FM, le président Lédée a décidé de ne pas diffuser le conseil territorial en direct via la page de la Collectivité sur un réseau dit « social » (Facebook), comme c’est le cas habituellement lors des réunions ouvertes au public. Xavier Lédée a justifié ce choix en rappelant que la diffusion du conseil n’est pas une obligation. Il s’est défendu de la moindre « censure » mais a toutefois indiqué que sa décision a été dictée par une « méfiance vis-à-vis des propos que pourraient tenir certains élus ». La séance était toutefois ouverte au public et plusieurs dizaines de personnes s’étaient pressées dans la salle des délibérations pour y assister.

« Un mauvais choix de tête de liste »
Dans un silence pesant, Xavier Lédée ouvre la réunion à 8h29. Il rappelle la raison de la tenue de cette séance extraordinaire et lance : «Tout a été dit sur le sujet donc on ne va pas forcément épiloguer. » Néanmoins, en qualité de porte-parole du groupe Action-Équilibre, Bettina Cointre souhaite exposer à nouveau les motivations qui ont conduit au dépôt d’une motion de défiance. « Hélène Bernier a conduit notre liste au premier tour et a fait le choix désintéressé de laisser sa place à Xavier Lédée lors de la fusion de nos listes au second tour, explique la 2e vice-présidente. Force est de constater que cette décision, basée sur la confiance, s’est révélée être une erreur. Pour nous le 17 mars restera donc synonyme de déception. Déception, car nous sommes aujourd’hui obligés de constater que tous les espoirs que nous fondions dans la constitution de notre équipe au service de la population ne sont pas à la hauteur de nos attentes et de celles de nos électeurs, à cause d’un mauvais choix de tête de liste. Déception, car toutes les turpitudes de Xavier Lédée nous amènent aujourd’hui à réunir les élus pour décider de son remplacement (…) Vue la situation actuelle, il ne s’agit plus seulement de choisir la personne qui présidera le conseil territorial, mais de prendre une décision éclairée et objective dans l’intérêt de la Collectivité et de sa population (…) Nous ne pouvons pas continuer à critiquer la gestion du président actuel tout en refusant d’agir pour un changement. Il ne s’agit pas de créer une union artificielle, mais de dépasser nos divergences politiques. » La parole est ensuite donnée à Alexandra Questel, pour le groupe Saint-Barth d’Abord (SBDA). Une intervention très attendue car l’issue du vote dépend uniquement du positionnement des élus de SBDA.

« Pas d’accord de coin de table »
« Le 27 mars 2022, les habitants de Saint-Barthélemy ont accordé leur confiance au groupe « Union – Équilibre » issu de la fusion des deux listes conduites par Hélène Bernier et Xavier Lédée, déclare Alexandra Questel. Cependant, on sait toujours ce que l’on quitte, mais jamais ce que l’on trouve. Il a fallu peu de temps pour que la fusion éclate. Former une majorité, basée sur un mariage de circonstance, ne pouvait conduire qu’à l’instabilité politique. » L’élue s’étonne : « C’est curieux de la part de madame Bernier, qui est celle qui a fait de Xavier Lédée le président de la Collectivité, de vouloir aujourd’hui prendre sa place. » Et de clarifier la position de son groupe : «Lors du débat sur les Orientations budgétaires, j’ai évoqué, au nom de notre groupe, les raisons de notre opposition à la politique conduite par le président Xavier Lédée. J’ai dénoncé les conséquences qui découlent de ses décisions hasardeuses, son immobilisme et son manque de vision. Je ne reviendrai pas sur ce point. Les divergences que nous avons avec le président sont connues. Saint-Barth d’Abord a toujours soutenu les projets que nous estimions utiles. A maintes reprises nous avons tenté de faire valoir nos points de vue, même lorsqu’ils étaient balayé du revers de la main par la majorité Union-Équilibre. Nous continuons d’échanger régulièrement, avec Hélène Bernier et encore récemment, avec le président Xavier Lédée. Pour autant, pour garantir une forme de stabilité politique on ne peut pas passer un accord de « coin de table » avec tel ou tel groupe. Il faut pour cela un nouvel équilibre, ce qui suppose que certains acceptent de revoir leur position actuelle, pour laisser place à celles et ceux qui veulent faire avancer notre collectivité et que les trois groupes travaillent ensemble. » Tout en annonçant que les élus de Saint-Barth d’Abord ne prendront pas part au vote, Alexandra Questel affirme qu’ils « ne vont pas ajouter du chaos au chaos ».
Les élus se retrouveront le jeudi 27 mars pour une nouvelle séance du conseil territorial. Au programme : le vote du budget primitif 2025. Avec une assemblée plus divisée que jamais.

Les réactions

Xavier Lédée, président de la Collectivité territoriale : « Je suis serein. »
« Il y a forcément du soulagement. Quel que soit le résultat, ça reste une journée plutôt triste pour notre île car on n’envoie pas un bon signal et on ne montre pas une bonne image. Beaucoup de choses ont été dites au sein du conseil. Je n’ai pas souhaité réagir, je le ferai en temps et en heure. Avant le vote du budget, il y a dix jours pour travailler. Je suis serein sur le budget qui est présenté, je suis serein sur les finances de la Collectivité. Sur les votes, on va le travailler. La préparation s’est faite en coordination totale avec des rencontres avec les représentants de groupes, Romaric Magras et Bettina Cointre. Le débat d’orientations budgétaires n’a soulevé aucun sujet ni aucune contestation. On va continuer de travailler. »

Marie-Hélène Bernier, première vice-présidente : « On est droit dans nos baskets. »
« Il y a de la déception. On est là pour travailler pour Saint-Barth et on sait que l’île va être dans la même situation dans les deux prochaines années. On est droit dans nos baskets. On est les seuls à pouvoir proposer une solution, on l’a proposée. La motion n’a pas été adoptée donc maintenant on sait que l’on a encore Xavier Lédée pendant deux ans. Pour le budget, on va réfléchir jusqu’au vote (le 27 mars, ndlr). Mais ce que je ne veux pas, c’est que ce soit quelqu’un d’autre que la Collectivité qui gère la Collectivité à la place des Saint-Barths. Ça ne s’est jamais fait. Saint-Barth d’Abord et ceux de Xavier Lédée prendront leurs responsabilités. »

Alexandra Questel, Saint-Barth d’Abord :
« Le président n’est pas au bout de ses soucis. »
« La position de Saint-Barth d’Abord a toujours été la même. On n’a pas voté le budget parce qu’il traduit une volonté politique à laquelle on n’adhère pas. Les élus qui ont proposé la motion de défiance ont voté le budget en 2024, on va voir s’ils le votent ou pas cette année. Pour l’instant tout est ouvert mais je pense que le président n’est pas au bout de ses soucis. »

 

Journal de Saint-Barth N°1608 du 20/03/2025

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