La nouvelle est tombée, abrupte, le vendredi 21 mars. Par le biais d’une publication en ligne, Valérie Kraemer et Frédéric Debotte ont annoncé la fermeture de leur restaurant de Colombier, Les Bananiers. Une décision forcée qui survient après trois années d’une bataille judiciaire avec le propriétaire des murs. «Après près de vingt ans à Saint-Barth à faire vivre un restaurant simple mais exigeant, où la gastronomie accessible et le service dans la pure tradition française étaient une priorité, nous sommes expulsés par le propriétaire des murs, ont écrit les restaurateurs. Aidés sans relâche par une équipe admirable, nous avons travaillé avec acharnement et passion pour offrir une alternative variée, sincère et abordable à ceux qui aiment bien manger sans ostentation. Mais l’île change. Elle se vend au plus offrant. Le goût se perd, la mesure aussi. » Et de remercier tous leurs clients, leurs équipes, leurs fournisseurs et tous ceux qui les ont soutenus.
Le conflit entre le propriétaire (La SCI Landrieux) et les restaurateurs (La société Valentin Gourmet) a débuté en 2022. Depuis le 15 mai 2007, l’exploitation des Bananiers avait été accordée en location gérance aux restaurateurs qui versaient 2.000 euros de loyer mensuel à la SCI Landrieux et 2.000 euros de redevance mensuelle pour l’exploitation du fonds de commerce à la Sarl « Les Bananiers St Barth ». En 2022, un nouveau contrat est proposé : 6.000 euros par mois comprenant la redevance et le loyer. Une proposition rejetée par les restaurateurs. Dès lors, une procédure judiciaire s’est engagée. Le 3 octobre 2022, le tribunal de commerce déboute la société Valentin Gourmet de sa requête et ordonne l’expulsion. Le 18 avril 2024, la Cour d’appel de Basse-Terre confirme la décision de la première instance. Les restaurateurs décident alors de se pourvoir en cassation. Jeudi dernier, le 20 mars, malgré les trois moyens soulevés par leur défenseur afin de se pourvoir en cassation, la demande des restaurateurs est rejetée. « Un coup de massue », confie leur avocat, convaincu du bienfondé des arguments avancés par ses clients depuis le début de la procédure. « Il y avait un réel débat de fond sur le fait que la location gérance courait depuis quinze ans et que nous demandions clairement la requalification du contrat de location en bail commercial », constate le conseil. Car c’est très précisément sur ce point que le conflit a porté depuis trois ans.
Préférant anticiper l’exécution d’une ordonnance d’expulsion par la gendarmerie, les restaurateurs ont donc préféré quitter les lieux et glisser la clef sous la porte. En laissant, le cœur lourd, neuf salariés sans emplois et en fermant un établissement qui parvenait encore à attirer chaque jour locaux et touristes dans une ambiance simple et conviviale. « Tous les messages que l’on reçoit nous donnent de la force, confie Frédéric Debotte. Jusqu’au dernier jour, notre notoriété s’est faite grâce à toutes les personnes qui ont travaillé avec nous. Toutes ont apporté quelque chose. Par une idée, une ligne de conduite, une exigence. On va se relancer. » Reste désormais à savoir ce qu’il adviendra de l’espace qui abritait Les Bananiers depuis près de vingt ans.