Les élus du conseil exécutif de la Collectivité territoriale ont entériné un accord-cadre de prestation de service pour l’évacuation des sargasses qui a soulevé des interrogations quant au traitement et à la destination des algues brunes.
L’année 2025 a été marquée par des épisodes d’échouements de sargasses sans précédents à Saint-Barthélemy. Les mois de juin et juillet ont été les plus intenses. La Collectivité territoriale étant contrainte de mettre en place un dispositif d’urgence impliquant des sociétés de transport de l’île et le comité des pêches. Le président Xavier Lédée a indiqué en plusieurs occasions que le budget consacré au ramassage des sargasses en 2025 a été supérieur à trois millions d’euros. Lors du conseil territorial du 23 octobre dernier, un coût de gestion de 7,5 millions a été avancé (JSB 1637). Un montant élevé qui inclut un projet d’étude et de maîtrise d’œuvre pour installer des barrages en mer qui ne devrait toutefois pas voir le jour avant fin 2027. Par conséquent, en 2026, la combinaison ramassage-stockage-évacuation sera encore d’actualité.
Le mercredi 14 janvier, les élus du conseil exécutif ont en effet signé un accord-cadre de prestation de service pour l’évacuation des sargasses avec l’entreprise Évolution travaux publics (ETP). L’accord est valable pour une durée d’un an et « renouvelable trois fois par reconduction tacite ».
Le marché concerné regroupe trois lots qui ont tous été attribués à l’entreprise ETP. Le premier consiste en l’entretien du tas de sargasses entreposées à Saint-Jean (sur la parcelle AK 629) pour un montant de 60.000 euros. Le deuxième concerne l’évacuation et le retraitement terrestre des sargasses, pour un montant de 3 millions d’euros. Enfin, le troisième mentionne l’évacuation et le « relâchage » en mer des sargasses, pour une prestation fixée à un million d’euro. Des questions ont toutefois été soulevées lors de la séance.
Des allures de décharge
La première vice-présidente, Marie-Hélène Bernier, s’est récemment exprimé sur le sujet par le biais d’un réseau dit “social” après avoir effectué une visite du site de stockage des sargasses, à Saint-Jean. L’élue a déploré l’accumulation « sur un terrain appartenant à la Collectivité » de « déchets abandonnés à ciel ouvert, véhicules hors d’usage, ferrailles, pollution visible, laissés sans traitement ni respect pour l’environnement ». De fait, sur place, le site a des allures de décharge sauvage. Quant au gigantesque amas de sargasses en décomposition, il s’accompagne de déchets divers et variés. La question a donc été posée du traitement et de la destination de ces sargasses, puisqu’elles devraient être évacuées par barges.
Sollicité le mercredi 14 janvier par courriel, le responsable du service communication de la Collectivité a expliqué : « Il n’existe à ce jour aucun accord-cadre autorisant le rejet des sargasses en mer. Le processus administratif nécessaire à la mise en œuvre de cette solution est engagé. Le marché dédié a été voté. La signature interviendra après la validation du contrôle de légalité, actuellement à venir. Le nettoyage du terrain est programmé et l’évacuation des sargasses s’effectuera par barge. Compte tenu des volumes importants à traiter, Paprec n’est pas en mesure de les réceptionner. S’agissant des autres déchets présents sur le site, leur évacuation pourra être engagée progressivement dès que Paprec aura procédé à l’enlèvement de son stock de véhicules hors d’usage. Par ailleurs, les entreprises concernées ont été mises en demeure il y a plusieurs mois. » Un temps de mise en action qui fait précisément l’objet de critiques de la part de la première vice-présidente.
Après sa visite du site de Saint-Jean, Marie-Hélène Bernier remarque : « C’est une irresponsabilité assumée, une incohérence flagrante, et un mépris total des engagements affichés. On ne peut pas prôner le « zéro déchet » dans des salles de conférence climatisées tout en laissant ses propres terrains publics servir de dépotoirs. » L’élue a donc choisi de voter «contre» l’accord-cadre, justifiant sa décision par le fait qu’elle considère le marché « non conforme à ses valeurs sur l’environnement ».
Des précisions recueillies auprès de membres de conseil exécutif confirment que les sargasses stockées à Saint-Jean devraient être envoyées à Saint-Martin. Les algues «fraîchement» ramassées seront, en revanche, rejetées en mer.
